En conséquence de quoi

« En conséquence de quoi », cette expression qu’affectionnait Jean-Claude ponctuait une situation difficile et la clôturait définitivement.

Prendre une décision était donc une seconde nature.

Les EuroP1 l’ont essentiellement connu, et apprécié, sur l’Euro P N. Avant et, pendant, Jean-Claude a fait beaucoup d’autres choses. C’est essentiellement ce que je vais évoquer.

Sportif assidu et pratiquant émérite, c’est dans le football qu’il évoluait avant que son corps ne lui préconise de se mettre au vélo. Cela ne pouvait être en dilettante. Volontiers militant, profondément généreux, il devint vite dirigeant. A l’Audax Club Parisien et c’est ainsi que, président, il pilota l’organisation du Paris-Brest-Paris Randonneur du centenaire. Un immense succès.

Le CoDep de Paris vit partir beaucoup de membres actifs, un vide qu’il combla naturellement et avec talent. Un ciel couvert à l’ACP le convainquit de rejoindre son ami Charles BOUCHARD à l’Union des Audax Français. Ce club qui vit avec une anomalie ancestrale : il y a un vice-président par discipline, un vice-président devant naturellement secondé le président et non s’occuper d’une « branche », le vélo en l’occurrence, la discipline historique des Audax. Cela a au moins le mérite de multiplier les vice-présidents.

Dire que la cohabitation avec Charles fut parfois âprement discutée reste anecdotique. Ce qu’il faut en retenir, c’est que Jean-Claude évita de s’égarer sur des pistes aléatoires et, à ce titre, l’UAF, comme beaucoup d’autres, lui doivent beaucoup. C’est ce côté visionnaire qui le porta à la Ligue Ile-de-France, certainement une des missions qu’il a le moins appréciée, exécutée par devoir, plus que par passion. Mais il y trouva un soutien d’une qualité exceptionnelle en la personne d’une Conseillère Technique Régionale, Isabelle GAUTHERON. Nous savons aujourd’hui ce qu’elle est devenue.

Une Ligue, où une petite poignée de fidèles autour de Claude MARTEL (secrétaire) et de Charles BOUCHARD (sécurité) le soutiendront sans faille, mais bien isolés.

Alors qu’il n’est nullement responsable, des rancœurs accumulées depuis plusieurs années le blessent au plus profond de lui. Témoin de ces difficultés, je l’observe tenter en vain, à plusieurs reprises, un retour à la raison auprès d’un homme par ailleurs blessé… c’est la quadrature du cercle et, il en sort meurtri. On ne peut parler à un homme qui refuse d’écouter. Il subsiste aujourd’hui peu de témoins de cette époque et de cette profonde blessure. En se retirant de la Ligue il craint le pire pour l’avenir de la structure mais il n’en pouvait plus….

Et le destin le rappellera au CoDep de PARIS après avoir vécu, d’autres épreuves : porter en terre Claude MARTEL, Jean-Pierre GUILLOT, puis Patrick LEGRAND, un de ses prédécesseurs et deux de ses successeurs. Je crois qu’à ce jour, ce CoDep de Paris n’a qu’un seul président en vie : il est en exercice.

Audax, les « deux versions », CoDep et LIGUE mais aussi une initiative qui le passionnera : le Club Cycliste des Toques Blanches. Sans oublier un solide soutien à pratiquement tout ce que j’entreprends : observateur, critique, conseiller, etc… avec un paternalisme et une fraternité non dissimulés. Il me l’avait appris et je savais que si, dans un CoDep, l’on remplissait correctement sa mission, il était possible d’explorer d’autres voies, car c’est ce qui nous intéressait. Entourés d’une équipe certes restreinte mais jeune, compétente, motivée, nous nous sommes laissés tenter par quelques aventures qui, finalement nous rapporterons une progression non négligeable du nombre de licenciés et une migration des subventions de francs en euros, nous recevions une subvention de 25.000 francs, nous aurons 25.000 euros après le changement de monnaie ! 

La première des organisations qu’il suivit était plus proche de mon club que de mon CoDep dont j’étais alors le secrétaire. C’était le 2ème Flambeau de l’Amitié, c’était en 1999, 39 ans après le 1er,, 39 et non 40 pour des raisons qui seront développées par ailleurs. J’en conserve un souvenir ébloui et, sa présence à l’arrivée, était une reconnaissance, un encouragement et un témoignage fort.

Puis ce furent diverses manifestations dans le cadre du festival de l’Oh ! dont une qui se termina dans le camion de Louis RUEZ tant il pleuvait. L’exiguïté et la promiscuité avaient resserré les liens. Il y avait Roger RIOLAND (aujourd’hui bien fatigué), Bernard MELIN. Il sera un suiveur attentif des rand’Oh ! Ces rand’Oh ! filiales de l’Euro P N.....

J’ai suivi avec une attention particulière la création de l’Euro P N, un projet sur lequel travaillait autour de Jean-Claude, Claude MARTEL et Isabelle GAUTHERON, un trio qui sera vite rejoint par Charles BOUCHARD. Cette histoire, les EuroP1 la connaissent et elle fera l’objet d’un prochain « livre de l’Euro  P N », un projet programmé qui nous tient à cœur. Comme tout costaud, il avait besoin de disciples fidèles autour de lui, des disciples qui comprennent ce qu’ils doivent faire sans attendre que ce soit exprimé. C’est ce qui s’appelle la complicité. Est-il nécessaire de rappeler combien Claude MARTEL excellait dans la compréhension de Jean-Claude. Pour des raisons que l’on regrette toujours, je n’ai pu me libérer pour la 1ère édition, en 2000 et je déléguais mon ami Michel BONNEAU qui revint enchanté. Dès la seconde édition, débuta une belle série avec une brochette de présidents départementaux, régionaux ou nationaux : Pierre LEBOUVIER, Jacques TORGUE, Edmond BRILLE, Daniel LE GUERN, Patrick LEGRAND, Pierre JANVIER (de la Ligue), Eric VERGNE, Gérald PAILLARD, Jean-Paul LAMMONIER et Dominique LAMOULLER, peut-être d’autres qui échappent à ma mémoire… Ces Euro P N étaient des aventures où se sont nouées de solides amitiés, dans un esprit citoyen, humain, respectueux, etc… j’espère que c’est toujours le cas.

L’Euro P N est un concept original. Le cyclotourisme est une discipline de tradition qui n’évoluera qu’avec des concepts de ce type. Là où l’UECT se disperse, l’Euro P N offre une opportunité exceptionnelle. Une structure internationale ne peut survivre qu’autour d’une unique manifestation de prestige, la Semaine Européenne. Toutes proportions gardées et bien modestement, l’Euro P N a un potentiel ignoré. Car Jean-Claude fit un passage remarqué et lucide à l’UECT. Trésorier, il valait bien plus.

Avec les Toques Blanches, il s’investissait dans une action peu médiatisée dans notre milieu : le Téléthon et il récoltait des sommes colossales.

Il aimait aller au siège fédéral, observer, papoter, sentir, s’imprégner… car c’est sur le terrain qu’il était à l’aise. Impliqué dans l’opération Toutes à Paris, il en conservait fierté et amertume parce que son action avait été sous-estimée dans les comptes rendus. De même qu’il aurait apprécié une ultime récompense fédérale qui n’a jamais été réclamée…

On croyait ce 2ème plus beau bébé de la Vienne éternel tant il paraissait robuste. La maladie en a décidé autrement, plus vite.

Que restera-t-il de ce grand serviteur du cyclotourisme ? Au-delà des regrets, nous savons, nous franciliens, ce que nous perdons : un dirigeant visionnaire, un pratiquant militant, un homme sensé, intelligent et dévoué. Un dirigeant qui faisait la différence entre une structure de gestion et une structure de développement.

Il y a certainement des idées qui ne sortiront jamais des cartons…

Il y a aussi des êtres dont il était fier. Nous avons parlé des « disciples », il faut aussi citer, Jacqueline, son épouse, son fils et sa belle-fille, ses petits-fils. Sans eux, rien n’aurait été possible.

En conséquence de quoi, chercher à le remplacer est une erreur. Chercher à le compenser et à le dépasser est un défi qu’il nous avait lancé.

Vallauris, 14 aout 2016

Alain CHALLANT

en collaboration avec Gérard Maurice

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